Nous voici réunis pour engager la négociation sur la refondation de la classification des Agents de Direction. Cette réunion est disons-le d’emblée une anomalie. Il n’est pas normal d’avoir laissé passer presque 20 ans depuis la dernière négociation et ce qui est vrai pour les agents de direction l’est aussi pour les autres catégories de personnel.

La classification ne peut pas rester en l’état. L’enjeu des négociations qui vont s’ouvrir n’est pas d’adapter le texte actuel, encore moins d’actualiser des grilles de rémunération mais vraiment de refonder notre classification. Il y a urgence, à refonder la classification des agents de direction, l’accroissement significatif des appels multiples à candidature sur un même poste et le net recul du nombre de candidatures sur les postes d’agent de direction sont en soi un indicateur extrêmement préoccupant, car cela concerne tous les profils de postes dans toutes les régions.

Pour l’UNSA ADOSS, l’immobilisme est une impossibilité. Les attendus de la classification de 2005 sont clairement dépassés.

En effet, les mécanismes de classification retenus il y a 20 ans reposaient grosso modo sur la taille de l’organisme, des dispositions sur les « cumuls de fonction dans des entités juridiques distinctes », sur des « points de responsabilité supplémentaires » ou encore sur « l’exercice de responsabilités supplémentaires spécifiques », permettaient l’attribution de points supplémentaires. Tout cela a eu sa cohérence, et peut-être ne faut-il pas tout écarter. Mais plusieurs considérations sont à prendre en compte au moment d’initier cette refondation que l’UNSA appelle de ses vœux.

La première tient à la nette complexification des fonctions d’agent de direction au fil des années et ce sans qu’il soit mécaniquement possible de l’articuler avec la taille de l’organisme. La taille modeste d’un peut être même un sujet particulier de complexification de l’exercice de la fonction d’agent de direction car les exigences sont les mêmes alors que les ressources en expertise ne sont pas disponibles. Cela pourrait peut-être même expliquer la désaffection envers certains postes. Cette complexification est objectivable : rythme accéléré d’évolution des politiques publiques, alourdissement des processus, développement de la charge de reporting, complexification des organisations de travail, contraction des ressources, transformation numérique et managériale, développement de nouveaux champs d’investissement (QVCT, développement durable, transition écologique …), diversification et intensification des partenariats, …. Et tant d’autres sujets à prendre en compte dans le pilotage général de nos organismes. En près de 20 ans, le contexte de travail des agents de direction a été profondément remodelé et à ce jour rien n’est venu reconnaître cette évolution.

Aussi, la « pesée des fonctions » ne peut plus reposer principalement sur la taille d’un organisme et la grille de classement des organismes.

Il paraît également indispensable de repenser la prise en compte de la responsabilité des gestionnaires publics, au-delà des dispositions prises en 2023 sur la transposition de la responsabilité personnelle et pécuniaire des DCF en une indemnité de maniement de fonds, l’UNSA aura l’occasion d’y revenir lors de ces négociations.

La deuxième considération à prendre en compte tient à l’organisation des réseaux. Le classement d’un organisme ne veut plus rien dire de la diversité de ses missions et activités ni de la charge de travail des ADD. Un organisme en charge de missions nationales ou de services nationaux déconcentrés peut compter 10%, 20% voire jusqu’à 50% de son personnel affecté à ceux-ci. Et le pilotage quotidien de ces activités incombe aux ADD des organismes concernés en plus de leur fonction. Sans que cela soit pris en compte – ou alors très inégalement – à travers des points correspondant à ces responsabilités supplémentaires. Ce n’est plus guère le mécanisme des « cumuls de fonction dans des entités juridiques distinctes » qui paraît opérant mais ce sont d’autres mécanismes qui doivent être trouvés pour que ces considérations de diversification des missions (locales ou nationales) soient prises en compte à travers la classification, pas seulement pour les directeurs, mais aussi pour tous les agents de direction.

Par ailleurs, dans l’évolution des réseaux, il ne faudrait pas oublier les Caisses nationales. Les équipes d’ADD des caisses nationales se sont considérablement étoffées depuis 20 ans et les profils des ADD y sont très différents. Les mécanismes de la classification permettant une fluidité des parcours entre caisses nationales et caisses locales sont-ils en phase avec cette intention qui semble être poursuivie par les directions de gestion des dirigeants des Caisses nationales ?

L’UNSA ADOSS souhaite qu’une méthode soit définie pour mener les négociations sur des bases partagées. L’UNSA veut d’abord des discussions sur des principes forts sur les thèmes évoqués ci-dessus. Un travail de fond sur la pesée des emplois est impératif. C’est pourquoi, l’UNSA ADOSS demande sans délai un état des lieux sur ce sujet. Il devra être éclairé par des expertises et comparaisons permettant une juste appréciation de la valeur de nos métiers trop mal reconnue par notre organisme employeur et l’Etat.

La classification doit évoluer. C’est impératif. Les métiers se sont complexifiés, les réseaux ont évolué. En 20 ans, le monde a changé, et nos métiers ne s’exercent plus comme à la fin du siècle dernier ou au début de ce siècle. Il faut prendre en compte l’allongement des carrières et le fait que les ADD (ils ne sont pas les seuls) devront travailler de plus en plus tard. Les modifications des régimes de retraite se sont succédé, toutes vont avoir pour effet de reporter bien au-delà de l’âge légal, le départ à la retraite effectif de nombre d’agents de direction. Les mesures à envisager pour les fins de carrières doivent être inscrites « en dur » dans la classification, et pas seulement dans des accords « techniques » d’utilisation du compte épargne temps passé un certain âge.

Mais l’âge de la retraite n’est pas tout, nous ne conduisons plus nos carrières comme il y a 20 ans. Les carrières sont moins linéaires, par contrainte ou par choix, les ADD doivent pouvoir découvrir de nouvelles expériences au sein ou en dehors de la branche professionnelle de la sécurité sociale, exercer des fonctions temporaires au sein d’une autre caisse (une caisse nationale par exemple), une autre administration, ou pourquoi pas dans le privé. La classification doit permettre une meilleure prise en compte de ces expériences et leur valorisation.

Redisons-le, l’immobilisme est une impossibilité et il y a urgence. Sinon, nous continuerons de déplorer la perte d’attractivité de nos emplois, l’absence de candidatures sur de plus en plus de postes, et nous verrons partir toujours plus de collègues vers d’autres horizons plus valorisants…

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