Madame la directrice de l’UCANSS, Monsieur le Directeur général de la CNAM,
Nous souhaitons réaffirmer aujourd’hui ce que nous disions déjà ici au mois de juin : le malaise qui traverse la Sécurité sociale ne faiblit pas. Il s’installe, il s’enracine au sein des équipes. Partout, les personnels travaillent, s’engagent, s’investissent mais ils ne se sentent plus reconnus à la hauteur de ce qu’ils accomplissent. Cette impression de déconsidération est palpable. Le malaise monte face à un système qui donne le sentiment d’entendre les mots mais de ne plus écouter les messages de la réalité vécue par les salariés.
La réponse adressée par les collaborateurs du Premier ministre au courrier de l’intersyndicale ne fait qu’accentuer ce sentiment. Nous y voyons une forme de désinvolture, presque une mise à distance. Il y a parfois pire que le silence : c’est le manque de considération. Cette réponse ou plutôt cette absence de véritable réponse, nourrit l’idée que le dialogue social est devenu une formalité plutôt qu’un espace permettant réellement de négocier : les marges se réduisent, la Sécurité sociale est perçue par les autorités publiques de plus en plus comme une variable d’ajustement des arbitrages économiques et financiers de l’Etat.
Les agents de direction ont toujours pris la mesure des réalités et des contraintes et des contraintes budgétaires, mais ils constatent aussi que le cadre actuel limite les possibilités d’amélioration. Pourtant, les salariés n’ont jamais cessé de répondre présents. Les effectifs diminuent : 147 000 salariés en 2015, 144 000 en 2025, alors que le régime général a intégré les milliers de salariés du RSI en 2020 tandis que l’institution continue d’assumer de nouvelles missions, de déployer de nouvelles prestations, de tenir des délais toujours plus serrés.
Les gains de productivité sont bien réels, mais ils ne sont pas partagés. Et surtout, ils semblent de plus en plus reposer sur l’intensification du travail et sur l’engagement des salariés plutôt que sur un investissement à la hauteur des ambitions affichées.
Les résultats, eux, sont au rendez‑vous : les taux d’atteinte des objectifs de l’intéressement et des CPG le démontrent. Pourtant, le retour pour les personnels reste limité. L’intéressement pourrait être un levier de reconnaissance collective. Un levier au service de la performance. Il ne l’est pas, ou pas suffisamment. Les accords « marque employeur » apportent des améliorations utiles, mais ils ne compensent ni l’érosion du pouvoir d’achat ni la rigidité d’une politique salariale nécrosée.
Car le cœur du sujet est là : la valeur du point décroche. Derrière cette formule, ce sont des années de perte de pouvoir d’achat qui se sont accumulées : elle n’a pas suivi l’inflation, ni les transformations du travail, ni les exigences croissantes imposées aux équipes. La perte de pouvoir d’achat est réelle, ancienne, et elle s’aggrave. Nous le disons une fois de plus, pour l’UNSA, une politique salariale équilibrée repose sur deux piliers : les avancements individuels que la RMPP permet, disons-le, et les avancements collectifs, qui passent par une revalorisation de la valeur du point. Aujourd’hui, ce second pilier est à l’arrêt. Le dernier accord date de 2022 —nous n’oublions pas la décision unilatérale de 2023 — mais depuis, les prix ont continué d’augmenter. Pendant ce temps, le décrochage s’est installé et continue de de se creuser.
À cela s’ajoute un autre sujet d’incompréhension : le gel de la participation employeur aux tickets restaurant à 6,91 euros, très en deçà du plafond légal à 7,32 euros, alors même que cet outil constitue un soutien concret au quotidien des salariés.
Les équipes de direction et d’encadrement, comme l’ensemble des personnels, assument leurs responsabilités dans un contexte de plus en plus contraint : modernisation des outils, refonte des processus, injonctions paradoxales, délais raccourcis, réformes successives, nouvelles prestations à déployer (comme le CSN dont nous reparlerons tout à l’heure), évolutions statutaires qui suscitent des inquiétudes légitimes — qu’il s’agisse de la responsabilité des gestionnaires publics ou des conditions d’accès aux emplois d’agents de direction.
Deux sujets seront abordés dans cette INC : la transformation du service médical et la mise en œuvre du congé supplémentaire de naissance. Il est en demeure un troisième qui reste au cœur de notre attention. Où en sommes‑nous du déploiement de Sola, venant à la suite d’Arpège et destiné à rétablir un fonctionnement normal, tant pour la qualité de service due aux assurés que pour les conditions de travail des salariés ? Nous avons entendu parler d’une troisième caisse de présérie. Qu’en est-il ? Dans quelles conditions ce déploiement va-t-il se dérouler s’il est confirmé ? La CPAM concernée est-elle déjà identifiée ?
Dans la liste des sujets qui attirent notre attention, il y a toujours le projet d’« État efficace ». Les mots de « rapprochements », de « fusion d’agences », de « mutualisation » résonnent toujours avec force aux oreilles de ceux qui ont déjà piloté ou même vécu de nombreuses restructurations. Ce programme gouvernemental n’a rien de théorique : derrière ces mots, ce sont des organisations, des missions et surtout des emplois qui peuvent être profondément impactés. Les informations relayées dans la presse sur le projet de reprise de gestion du régime obligatoire de l’assurance maladie, de l’Éducation nationale et de la Police par le Régime général montre qu’il pourrait entraîner des conséquences très concrètes pour des centaines de salariés. S’agit-il de réflexions relayées par la presse ou d’un réel projet destiné à être mis en œuvre dans les prochains mois ? Dans ce cas, quels en seront les modalités, le calendrier et surtout les conséquences pour les personnels concernés ?
Dans ce contexte, l’UNSA veut rappeler une conviction simple : une institution solide ne peut pas se construire durablement sans des salariés reconnus, écoutés et respectés et sans un dialogue social exigeant à la hauteur des transformations qu’on leur demande d’accompagner. Nous continuerons à participer avec loyauté et détermination aux instances paritaires pour que les salariés obtiennent enfin la reconnaissance qu’ils méritent.
Je défends mes droits, j’adhère à l’UNSA.

