INC Recouvrement du 1er juin – l’UNSA s’adresse au nouveau président du COMEX
Article du 05/06/2026
Lors de l'INC recouvrement du 1er juin, l'UNSA ADOSS s’est adressée à Damien IENTILE, directeur général de l’Urssaf Caisse Nationale et nouveau président du COMEX. L’occasion de mettre en lumière les enjeux sociaux du moment et de rappeler nos exigences.

Monsieur le Directeur général, Monsieur le Président du COMEX,

La Sécurité sociale est aujourd’hui à la croisée des chemins. Les chantiers qui nous rassemblent à l’UCANSS sont nombreux, les attentes sont fortes, et, pour tout dire, elles se transforment désormais en impatience sur le terrain. Une impatience qui, à force de ne pas être entendue, peut devenir colère. Non pas une colère de circonstance, mais celle qui naît d’un sentiment persistant : celui d’un manque de considération, parfois même d’un certain mépris à l’égard des organisations syndicales et, au delà, de l’ensemble des personnels de la Sécurité sociale.
Ce malaise est d’autant plus profond que notre institution, pilier du pacte républicain, semble de plus en plus perçue comme un opérateur de l’État — voire, pour certains, comme un simple opérateur, dans un paysage où le secteur privé concurrentiel profite de chaque occasion pour avancer ses pions.

L’UNSA ADOSS est un syndicat d’agents de direction. Nous connaissons les règles du jeu. Nous savons que l’UCANSS et le COMEX pilotent un dialogue social au sein d’une institution de 150 000 salariés, assumant le rôle de décideur alors que le donneur d’ordre est ailleurs : la DSS, l’État, fixent en amont le mandat de négociation — où le maximum de ce qui est possible se confond de plus en plus avec le minimum — et exercent en aval une tutelle via l’agrément ministériel. Mais connaître les règles n’empêche pas de constater leurs effets.

Le mépris, nous le ressentons aussi dans cette comparaison permanente avec la fonction publique lorsqu’il s’agit de nous imposer un cadre budgétaire strict, et ce renvoi immédiat à notre statut de droit privé dès que nous demandons les mêmes contreparties que celles dont bénéficient les agents publics. Le mépris, c’est encore de constater que d’autres acteurs publics soumis aux mêmes tutelles — nous pensons notamment à la SNCF — obtiennent des accords salariaux bien plus favorables. Comparaison n’est pas raison, certes, mais la répétition de ces écarts nourrit un sentiment d’injustice.

Tous les salariés de la Sécurité sociale font des efforts quotidiens : amélioration des processus, renforcement de la performance, gains de productivité, déploiement de nouvelles prestations ou mesures pour les entreprises… Ils n’en voient que rarement le retour.

Oui, il y a l’intéressement. Mais son montant n’est pas à la hauteur des enjeux, alors même qu’il pourrait être un levier puissant alliant reconnaissance financière et amélioration du service rendu. La négociation qui vient de s’achever laisse un goût d’inachevé. Nous avons la — mince — satisfaction de conserver les mêmes paramètres qu’auparavant : pas de régression, certes, mais pas d’amélioration non plus. Nous avons le sentiment d’être passés à côté de quelque chose.

Oui, nous bénéficions d’une mutuelle avec un haut niveau de garantie. Nous espérons que la qualité de service sera au rendez vous à l’issue d’une procédure de marché public que personne, parmi les organisations syndicales, n’avait souhaitée.

Oui, nous avons des accords qui fondent « la marque employeur » : aidants, formation professionnelle, RTT, compte épargne temps, télétravail, une prévoyance robuste, et une négociation RSE en cours, parmi laquelle figure un sujet qui nous est cher à l’UNSA ADOSS : les fins de carrière.
Pour nous, la fin de carrière ne se réduit pas à une « boîte à outils » permettant de gérer les dernières années d’activité, mais doit conduire à repenser la manière d’exercer son métier pour celles et ceux qui le souhaitent dans une société qui doit faire toute leur place aux seniors, alors même que les évolutions sociétales et législatives repoussent l’âge de départ à la retraite.

Mais au bout du compte, un sujet demeure central : la politique salariale.

L’UNSA ADOSS demande une revalorisation substantielle de la valeur du point, pour rattraper les conséquences de l’épisode inflationniste post Covid et la perte de pouvoir d’achat — perte qui avait commencé bien avant — au moment même où les tensions internationales font repartir les prix à la hausse, d’abord sur l’énergie, puis sur l’ensemble de l’économie.
Nous n’en démordons pas : en tant que dirigeants, nous savons qu’une politique salariale équilibrée doit reposer sur ses deux jambes :
• les avancements individuels : la RMPP actuelle laisse des marges de manœuvre, convenons-en,
• et les avancements collectifs qui passent par la valeur du point, et sur lesquels la RMPP, telle qu’elle est appliquée aujourd’hui, n’offre aucune marge de manœuvre.

La fossilisation de la politique salariale fragilise le dialogue social local et décourage les équipes. Découragement renforcé par un autre gel : celui de la participation employeur sur les tickets restaurant, bien loin du seuil maximal permis par la loi.

L’UNSA ADOSS sait ce que permet la RMPP, nous reconnaissons l’effort consenti lors de la renégociation de la classification. Mais la classification n’a pas pour vocation de palier les lacunes d’une politique salariale, et réciproquement. Et l’ampleur de l’effort est inévitablement amoindrie par vingt ans d’attente entre deux renégociations.

Tous les agents de tous les organismes sont investis dans leurs missions au service du public. Les équipes de direction et d’encadrement assument leurs responsabilités. Elles absorbent les injonctions paradoxales : faire plus, avec autant, parfois avec moins. Dans des délais toujours plus contraints, et avec des pesanteurs accrues issues de la réforme des gestionnaires publics dont la mise en œuvre vient confirmer les pires craintes que nous avions lors de sa présentation.

Le contexte est tendu. On brutalise le réseau — l’épisode DRSM en est un symbole. On entend parler d’« État efficace » avec des mots qui résonnent douloureusement pour ceux qui ont déjà vécu des réorganisations imposées d’en haut et menées à marche forcée : « rapprochements ou fusions d’agence », « clarification des compétences », « rationalisation des réseaux », « mutualisation des fonctions support ». Et plane aussi l’ombre d’un projet encore flou autour des ARS.

Dans ce contexte, nous réaffirmons une conviction simple : les pouvoirs forts ne craignent pas les contre pouvoirs. Ils respectent la place qui est la leur. Coopérer avec eux n’est pas une contrainte, mais une opportunité pour construire de nouveaux projets.
L’UNSA ADOSS prendra part avec responsabilité, exigence et loyauté, mais aussi avec la détermination nécessaire pour que les salariés de la Sécurité sociale obtiennent la reconnaissance qu’ils méritent.
Nous appelons à un dialogue social libre, ouvert, fondé sur l’écoute et la confiance, au service des salariés comme au service de la Sécurité sociale elle même — cette belle idée née de l’esprit du Conseil national de la Résistance, et qui demeure, quatre vingts ans après, l’un des plus grands biens communs de notre pays

Défendez vos droits, adhérez à l’UNSA.

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